Vous ne connaissez pas encore le Kiryu Yagibushi Matsuri de Gunma !
Gunma est populaire grâce aux mangas. Le Kiryu Yagibushi Matsuri, qui débute le 7 août 2026 pour 3 jours à Kiryu, est un festival traditionnel unique hérité de l'époque d'Edo.
La 63e édition du Kiryu Yagibushi Matsuri, festival estival emblématique du nord de la région du Kanto, se tiendra à Kiryu (département de Gunma) pendant trois jours, du vendredi 7 au dimanche 9 août 2026. Attirant environ 500 000 touristes chaque année et plongeant la ville entière dans l'allégresse, cet événement propose une alliance unique entre la danse populaire géante du « Yagibushi » (véritable âme de Kiryu) et le prestigieux et historique « Kiryu Gion Matsuri » fort de plus de 370 ans d'histoire. Dans cet article, nous analysons la dualité entre calme et mouvement de ce festival, ses liens étroits avec l'industrie textile locale, les racines historiques du Yagibushi, et le comparons aux autres grandes danses Bon du Japon sous différents angles.
La dualité du Kiryu Yagibushi Matsuri : le prestigieux « Gion » et le populaire « Yagibushi »
Pour comprendre le Kiryu Yagibushi Matsuri, il est essentiel de distinguer les deux courants historiques qui s'y côtoient. L'un est le traditionnel et solennel « Kiryu Gion Matsuri », remontant au début de l'époque d'Edo. L'autre est le dynamique chant folklorique « Yagibushi », né entre la fin de l'ère Meiji et le début de l'ère Taisho, devenu la vedette du festival à la fin de l'époque Showa.
Le Kiryu Gion Matsuri commença en Meiji 2 (1656), sur le modèle de celui de Kyoto, en tant que rituel sacré pour éloigner les épidémies et prier pour de bonnes récoltes. Les magnifiques chars (hoko) et estrades des quartiers de Kiryu Shinmachi défilaient en ville, se faisant connaître dans tout le Kanto. À l'inverse, le Yagibushi est un divertissement populaire ouvert où chacun peut librement rejoindre la ronde de danse au rythme entraînant des flûtes, des tambours et des tonneaux en bois. Cette cohabitation entre la solennité du rituel sacré et la frénésie inclusive de la fête populaire fait tout le charme de l'événement.
Le Kiryu Gion Matsuri et les magnifiques chars portés par l'industrie textile prospère
La ville de Kiryu est depuis longtemps surnommée « Nishijin à l'ouest, Kiryu à l'est », dominant l'industrie de la soie au Japon. De l'époque d'Edo au début de l'ère Showa, le textile apporta une richesse immense à la région. C'est grâce à cette prospérité que les habitants purent rivaliser d'audace pour construire les splendides chars du Kiryu Gion Matsuri. Plus que de simples accessoires de fête, ils étaient de véritables chefs-d'œuvre d'artisanat mobile, fierté de la population locale.
Les plus célèbres sont le char « Okina Hoko » de Honcho 3-chome et le « Shichome Hoko » de 4-chome. Achevé en Bunkyu 2 (1862), l'Okina Hoko est un char de style Edo à deux niveaux, surmonté d'une sculpture du théâtre Nô représentant le vieil homme « Okina ». Le Shichome Hoko, fini en Meiji 8 (1875), est quant à lui un char de style Kiryu à plusieurs niveaux atteignant près de 10 mètres de haut, ce qui en fait l'un des plus grands du Kanto. À son sommet se trouve une poupée réaliste (« iki-ningyo ») représentant la divinité Susanoo-no-Mikoto, sculptée par le légendaire Matsumoto Kisaburo. Le « Hiki-chigai », moment où ces chars imposants s'affrontent et se croisent au son de la musique rituelle, illustre à merveille la pérennité des traditions d'Edo.
Les racines méconnues du chant folklorique « Yagibushi » et sa diffusion
Bien que le « Yagibushi » soit aujourd'hui indissociable du festival, son lieu de naissance se trouve en réalité dans la ville voisine d'Ashikaga, dans le département de Tochigi. Son prototype serait le « Shinbo Kodaiji-bushi », un chant narratif venu de la province d'Echigo (actuel département de Niigata) à la fin de l'époque d'Edo. Il s'installa comme chanson de danse Bon autour du relais postal de Yagi (actuel Ashikaga) le long de la route Reiheishi, prenant le nom de « Echigo Kudoki ».
C'est le premier Horigome Genta (de son vrai nom Watanabe Gentaro, 1872-1943) qui développa ce chant pour en faire le « Yagibushi » moderne. Palefrenier de métier, il s'inspira des airs fredonnés par les voyageurs pour créer des mélodies uniques aux rythmes rapides. En y ajoutant une percussion originale consistant à frapper sur des tonneaux en bois, il donna naissance à une musique légère et dynamique inédite. En Taisho 3 (1914), lorsque ce morceau fut gravé sur disque par Nippon Columbia, il reçut le nom de « Yagibushi » en hommage à son lieu d'origine « Yagi », devenant immédiatement un immense succès national.
L'intégration sous Showa : comment plusieurs fêtes fusionnèrent pour donner le « Kiryu Yagibushi Matsuri »
La configuration actuelle du festival s'est stabilisée au milieu de l'époque Showa après diverses évolutions. Auparavant, Kiryu accueillait de nombreux événements distincts de l'été à l'automne, comme le Gion Matsuri, le Tanabata Matsuri, la fête du Port ou celle du Textile. À la fin des années 1950, face aux mutations de l'industrie de la soie et au déclin démographique, l'idée de fusionner ces festivités pour dynamiser la région fit son chemin.
Afin de stimuler le tourisme et de préserver le patrimoine, le « Kiryu Matsuri » vit le jour en août Showa 39 (1964) en regroupant ces grands événements d'été. Plus tard, profitant de la renommée nationale du « Yagibushi », le festival prit son nom actuel en Showa 63 (1988). Cette fusion historique réunit les défilés solennels du Gion Matsuri et les rondes énergiques et inclusives du Yagibushi au sein d'une seule et grande fête unifiée.
Comparaison avec les autres grandes danses Bon du Japon et leurs traditions
Comparer le Kiryu Yagibushi Matsuri aux autres célèbres danses Bon du pays permet de mettre en lumière son originalité. Voici un aperçu des différences avec l'« Awa Odori » de Tokushima, le « Gujo Odori » de Gifu, et le « Nishimonai Bon Odori » d'Akita.
| Nom du festival (Lieu) | Origine & Histoire | Style principal | Musique & Instruments | Facilité de participation |
|---|---|---|---|---|
| Kiryu Yagibushi Matsuri (Kiryu, Gunma) |
Fusion du Gion Matsuri de 1656 et du Yagibushi de l'e're Taisho | Ronde autour de plusieurs grands miradors en bois (yagura) érigés dans les rues | Flûte, tambours, gongs et percussion rapide sur des tonneaux en bois | Trés élevée (Tout le monde est bienvenu, tenue décontractée, participation libre) |
| Awa Odori (Tokushima, Tokushima) |
Créé en 1587 pour fêter la construction du château de Tokushima | Défilé de danseurs en groupes appelés « Ren » le long des rues | Shamisen, tambours, gongs et flûtes sur le rythme à 2 temps du « Yoshiko » | Assez limitée (Surtout pour le spectacle, mais possible dans les groupes « Niwaka-ren ») |
| Gujo Odori (Gujo, Gifu) |
Initié à l'ère Kan'ei (1624-1644) pour favoriser la concorde sociale | Ronde de danse dans les rues. Célèbre pour ses danses nocturnes (Tetsuya Odori) | Musique live (shamisen, tambours, flûtes, chants) accompagnée par le claquement des geta | Trés élevée (Les touristes chaussent des geta et dansent jusqu'à l'aube) |
| Nishimonai Bon Odori (Ugo, Akita) |
Né d'une danse de moine à l'ère Shoa (1257-1259) | Ronde solennelle où les danseurs portent des coiffes Hikosa ou des chapeaux de paille | Musique folklorique sauvage (shamisen, tambours, flûtes, gongs) et chants improvisés | Faible (Danse très artistique exécutée par la société de préservation, surtout contemplative) |
Comme illustré ci-dessus, le Kiryu Yagibushi Matsuri combine idéalement l'aspect spectaculaire de l'Awa Odori et la dimension participative du Gujo Odori. La percussion sèche des tonneaux en bois apporte un tempo frénétique propre à ce festival.
Points forts et défis de la transmission du patrimoine aux nouvelles générations
Cette année, la préservation des traditions et l'innovation pour attirer la jeunesse se feront en parallèle au Kiryu Yagibushi Matsuri. Ne manquez pas ces temps forts lors de votre visite :
【Guide des temps forts du Kiryu Yagibushi Matsuri】
1. Les miradors géants (Yagura) des rues Honcho et Suehirocho :
Pendant la fête, de gigantesques miradors en bois sont dressés. La nuit, chanteurs et musiciens y prennent place, entourés d'une foule immense. Le tempo et le style varient d'une tour à l'autre, amusez-vous à trouver votre préférée.
2. Le retour du traditionnel défilé croisé des chars :
Le croisement des chars de Honcho 3-chome et 4-chome est un événement précieux qui perpétue le faste historique du Gion Matsuri. Admirez les gravures et les poupées de Matsumoto Kisaburo tout en ressentant la tension lorsque ces colosses de bois se frôlent au son de la musique.
3. Le « Dance Yagibushi » tourné vers l'avenir :
Cette déclinaison modernise le rythme traditionnel en y insufflant des influences hip-hop ou jazz. Des groupes de collégiens, lycéens et jeunes locaux proposent de superbes chorégraphies, apportant un second souffle à cet art ancestral.
Conclusion : cap sur Kiryu en été, au carrefour de l'histoire et de la fête
Ce que je ressens en écrivant sur ce festival, c'est cette spiritualité japonaise qui consiste à s'inspirer du célèbre Gion Matsuri de Kyoto pour le diffuser à travers le pays, permettant ainsi à chaque région de le faire évoluer de manière unique pour créer une tradition originale. Tout au long de son histoire, qu'il s'agisse d'adopter la culture de la Chine ancienne, de l'Europe médiévale ou de l'Amérique moderne, la force du Japon à adapter les cultures étrangères à sa propre identité réside dans cet esprit de fusion et de sublimation — sans accepter aveuglément ni rejeter en bloc —, comme en témoigne la propagation de ces fêtes.
Le Kiryu Yagibushi Matsuri offre une harmonie parfaite entre la solennité historique d'une tradition vieille de 370 ans et l'énergie brute et festive du Yagibushi. Le souvenir de l'industrie de la soie survit dans les magnifiques chars, tandis que le rythme alerte du Yagibushi continue de donner des forces aux habitants. Du 7 au 9 août 2026, venez ressentir le poids de l'histoire et vivre la fièvre estivale à Kiryu.
【Sources】
1. Mairie de Kiryu : « Guide officiel du Kiryu Yagibushi Matsuri »2. Chambre de commerce et d'industrie de Kiryu : « Histoire et présentation du Kiryu Yagibushi Matsuri »
3. Division de la culture de Gunma : « Racines et évolution du Yagibushi, art folklorique de Gunma »